Au début du mois d’avril, Janice Bélair-Rolland est devenue la troisième personne à occuper la mairie de Saint-Jérôme en quelques semaines.

La mairesse a possiblement de bonnes intentions. Elle dit vouloir réinstaller à Saint-Jérôme un dialogue démocratique, transparent, courtois et positif. C’est une idée qui fait consensus. Malheureusement, je suis incapable de prendre ces engagements au sérieux.

Quand Janice Bélair-Rolland a eu le choix, quand c’était le temps de décider si les Jérômiens méritaient la vérité plutôt que les salades politiques d’un parti qui s’accrochait au pouvoir, elle s’est rangée parmi ceux qui ont silencieusement accepté, pendant trois ans, le comportement de Stéphane Maher.

Ce seul motif suffit pour inquiéter. Par ailleurs, la faiblesse du parti Vision Saint-Jérôme m’incite à souhaiter que la mairesse s’en tienne aux suivis indispensables et qu’elle ne s’aventure pas dans les grandes orientations de la ville. C’est d’ailleurs ce qu’a sagement suggéré la conseillère Nathalie Lasalle.

Trois ans sans rien dire

Avec trois ans de silence, Janice Bélair-Rolland voit son bilan politique lié à celui de Maher. C’est vrai pour elle et pour tous ceux et celles qui ont suivi aveuglément l’ex-maire. Leur parti a même changé de nom pendant plus de trois ans pour prendre le nom de Maher, qui a été chassé de son siège pour fraude électorale.

C’est pendant cette intervalle que Janice Bélair-Rolland s’est volontairement ralliée à la coalition des muets qui ont continué d’appuyer Maher. C’est ce même parti qui, en 2019, tenait son assemblée générale à huis clos, à l’abri du regard du public, dans un sous-sol du centre-ville. Elle y assistait.

On entendra des gens dire que Vision Saint-Jérôme a réalisé de beaux projets et que les taxes sont gelées depuis huit ans. C’est vrai… en partie. Pas tout à fait pour les taxes, si on tient compte de la «taxe police» inventée par Maher qui a ensuite été absorbée dans des hausses de taxes foncières. Encore un show de boucane, que Janice Bélair-Rolland et le reste du parti avaient approuvé sans réserve.

Il est indéniable que les taxes sont stables à Saint-Jérôme et que la ville est en pleine croissance, mais il faut bien dire que le conseil municipal est un passager dans ce train-là.

D’ailleurs la campagne de Vision pour 2021 était en quelque sorte pré-cuisinée: une liste de projets, le bilan des taxes, et de belles grosses promesses de croissance verte à souhait. Il y a même une belle campagne «VSJ 2022» (tiens donc, les mêmes initiales que la parti Vision Saint-Jérôme) qui rappellera aux Jérômiens à quel point leur ville est pleine de vitalité, santé et joie. Beau travail de relations publiques payé par des deniers publics. Et en plein dans une année électorale! La coïncidence est frappante.

Hélas, le scénario s’est compliqué. L’année électorale commence avec un maire destitué, un projet d’écoquartier qui a de gros ennuis d’acceptation sociale, et un bilan correct, mais comparable à toutes les villes des Laurentides. Désolé de faire une comparaison un peu dérisoire, mais il ne fait aucun doute qu’un hamster dressé pour approuver les recommandations des fonctionnaires aurait pu revendiquer une croissance comparable.

À l’été de 2018, après les révélations de l’Agence QMI et de TopoLocal où l’on entend Maher offrir des emplois publics à Mario Fauteux en contrepartie de sa docilité, j’avais demandé à Janice Bélair-Rolland pourquoi, à l’instar de tout le reste de son parti, elle avalait toutes les couleuvres dont Maher les nourrissait. Elle m’avait alors expliqué  « ne pas aimer les discours négatifs » pour justifier son refus de se questionner sur le comportement du chef qu’elle soutenait.

Fermer les yeux volontairement

Plus récemment, Janice Bélair-Rolland s’est rangée parmi les trois membres du conseil qui ne voulaient pas d’enquête à la suite à d’allégations touchant certains comportements de l’adjoint exécutif à la mairie, Simon Geraghty.

L’enquête a quand même eu lieu, notamment par vote majoritaire du conseil, et avec l’appui de la mairesse du temps Sophie St-Gelais. Le directeur général de la Ville s’apprêtait d’ailleurs lui-même à recommander une enquête. Toutes ces personnes ont jugé qu’il y avait matière à fouiller les faits.

Seules Janice Bélair-Rolland, Chantale Lambert et Mylène Laframboise ont voté contre la résolution. Seule Janice Bélair-Rolland avait offert une explication à TopoLocal. « Je ne pense pas qu’un article dans le journal est un élément valable pour mettre quelqu’un sous enquête », a-t-elle écrit, avant d’ajouter: « J’ai confiance en notre administration et en son code d’éthique. On ne lave pas son linge sale dans les journaux. »

Dans cette affaire, un homme d’affaires local allègue que l’adjoint du maire lui a laissé sous-entendre qu’il aurait des problèmes avec ses permis après lui avoir reproché d’accueillir une conférence de presse donnée par Marc Bourcier, que l’administration voyait comme un adversaire. L’intérêt public ne peut pas être plus évident, mais Janice Bélair-Rolland ne voyait pas le besoin de questionner.

Négocier avec Lion sur la place publique

La nouvelle mairesse qui se disait frileuse de laver son linge sale en public, a pourtant choisi les médias pour engager le combat avec Aéroports de Montréal. En dénonçant le 8 avril la « concurrence déloyale » d’Aéroports de Montréal, qui veut aussi accueillir l’usine de batteries de la Compagnie électrique Lion dans le parc industriel de l’aéroport de Mirabel, la mairesse a semé la consternation. La réaction officielle de la compagnie: Lion ne « comprend pas le comportement » de la Ville de Saint-Jérôme.

Pourtant, quatorze jours après sa sortie très publique, la mairesse affirmait, le 22 avril, ne pas avoir parlé à qui que ce soit de chez Lion. « Il y en a qui perçoivent mal la sortie, mais moi ce que j’ai envie de dire à Lion c’est On vous aime. »

Je lui ai ensuite demandé s’il lui était passé par la tête la possibilité d’appeler Lion, ou son président Marc Bédard. « Définitivement », a-t-elle répondu, pour ajouter quelques instants plus tard, « je suis du genre à prendre le téléphone pour bousculer les choses. » Quand je lui ai fait remarquer que même si elle se dit du genre à faire ces choses, elle ne l’avait tout de même pas fait, la phrase cryptique suivante a suivi: « Il faut faire aussi le respect des démarches… de l’autre équipe. »

Disons les choses franchement: il y a bien peu de gens qui ont interprété la sortie du 8 avril comme un message d’amour. Je suis d’avis que les citoyens de Saint-Jérôme méritaient une meilleure stratégie dans ce dossier.

Hélas, Saint-Jérôme est dirigée par les restes d’une équipe politique qui se désintègre.

L’agonie de Vision Saint-Jérôme

Vision Saint-Jérôme, dans sa version initiale, a pourtant déjà incarné de l’espoir. C’était un parti démocratique, actif et bien vivant, qui a rallié des personnes de diverses tendances politiques autour de l’objectif commun de mettre fin à deux décennies de honte à Saint-Jérôme. 

En élisant Vision en 2013, les citoyens de Saint-Jérôme tournaient le dos aux élections clé-en-main. Ils mettaient fin à une période durant laquelle leur ville s’alignait parmi les succursales de la collusion et de la corruption.

L’équipe de Vision élue en 2013 avait redonné une bonne dose de fierté aux citoyens. Elle comptait dans ses rangs la version 1.0 de Stéphane Maher, ainsi que huit conseillers recrues qui ont insufflé un courant d’air frais à la politique locale: Benoit Beaulieu, Marc Bourcier,  Johanne Dicaire, Mario Fauteux, Nathalie Lasalle, André Marion, et François Poirier. S’est ajouté à la vague l’ex-député Gilles Robert, qui y a trouvé un moyen de prolonger sa carrière politique.

Bien sur, il y avait au sein de Vision des conseillers plus forts que d’autres. Comme dans toute formation politique, il s’y est installé une hiérarchie. Il y avait des gens plus actifs, meilleurs tribuns que Maher: ils avaient de la couleur, des convictions, étaient associés à des dossiers importants, à des causes ou à des prises de position. Il y avait aussi des moins actifs, qui semblaient se plaire dans l’intendance, et qui n’ont pas fait de vagues. Il y aura toujours des gens qui aiment le beige.

Maher a été destitué. Fauteux et Marion ont été exclus par un procédé frauduleux. Dicaire et Lasalle ont quitté le parti. Beaulieu et Robert ne reviennent pas. Et voilà qu’il ne reste plus du Vision de 2013 que les backbenchers plutôt beiges François Poirier et Benoit Delage.

S’y ajoutent d’abord Bernard Bougie, qui a fait un saut opportuniste au sein de Vision quand le parti cherchait désespérément un vote de plus à la table, et ensuite les passagers restants de l’élection free shot de 2017, soient Erik Bak, Mylène Laframboise, Chantal Lambert, et la nouvelle mairesse Bélair-Rolland. Vision Saint-Jérôme se retrouve donc en sérieux déficit de crédibilité, de leadership et d’envergure.

À qui la faute? Bien sûr à Stéphane Maher. Il était le chef. Il a choisi de s’entourer de disciples obéissants. Il a cru que pour être maire, on peut dire n’importe quoi en autant qu’on gagne les élections. Il a cru bon de considérer comme des ennemis politiques tous ceux qui n’avalaient pas ses paroles. Et il a enfreint la loi. Chemin faisant, il a terni la réputation de Saint-Jérôme aux quatre coins du Québec. 

C’est aussi la faute de Gilles Robert et Benoit Beaulieu. Ils étaient sur place, dans le bureau de Maher, le 6 octobre 2017 en matinée. Ils ont entendu Maher faire des propositions honteuses à Mario Fauteux et à André Marion.  Des propositions qui, avant même d’être jugées illégales, étaient déjà clairement contraires à l’éthique et indignes d’une démocratie. Ils avaient le loisir de dénoncer. Je suis même de ceux qui affirment qu’ils en avaient le devoir. Ils ont laissé passer.

Enfin, c’est aussi la faute à tout le reste du parti Vision Saint-Jérôme, autant les élus que ce qu’il lui reste de militants.

Est-ce qu’on peut vraiment reprocher aux citoyens leur méfiance? Faut-il s’indigner quand quelqu’un affirme que les citoyens de Saint-Jérôme n’ont probablement pas confiance à leur conseil municipal? 

Je ne crois pas.

Voilà pourquoi la meilleure chose qui puisse arriver aux citoyens de Saint-Jérôme serait que le conseil limite les dommages d’ici novembre prochain.

Quant aux citoyens qui croient que le projet d’écoquartier mérite une vraie discussion de fond de même qu’une une réflexion franche et ouverte, ils n’auront pas d’autre choix que de prendre en charge la conversation, en participant activement aux étapes prévues de consultation.

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