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Paul St-Pierre Plamondon de retour à Saint-Jérôme pour un soir, sur le sentier tracé par René Lévesque et Jacques Parizeau

N’allez pas croire un instant que le chef du Parti québécois(PQ) Paul St-Pierre Plamondon oserait se comparer aux deux grands hommes politiques en titre. Il est clair qu’il n’a pas cette prétention.

Mais il a évoqué plusieurs fois le souvenir des deux hommes et leur parcours alors qu’il était de passage à Saint-Jérôme le lundi 9 août. Et ce n’est pas par hasard que les tenants du OUI aux référendums sur la souveraineté du Québec de 1980 et 1995 étaient au coeur de son propos. Paul St-Pierre Plamondon, sans détour, veut remettre l’indépendance du Québec au coeur de la conversation politique.

J’en ai discuté avec lui lors d’une conversation sur une terrasse de la rue Du Palais, en attente de quelques militants, sous quelque 30 degrés Celsius.

Une première visite depuis la campagne de 2018

La première visite politique de Plamondon dans les Basses-Laurentides depuis la campagne de 2018 lui a rappelé des souvenirs. « J’avais fait du porte-à-porte pendant plus d’un an », se souvient-il. « Dans le verglas en hiver, puis l’été avec ma femme enceinte. Je ne sais pas combien de portes, mais certainement des milliers. »

Le but était de se faire élire député de Prévost, mais il a finalement été défait par Marguerite Blais, qui se présentait sous la bannière de la Coalition avenir Québec. « Le sort a fait qu’après une longue campagne de porte-à-porte, j’ai perdu contre une adversaire qui n’a jamais fait de vrai porte-à-porte, et qui a fait très peu de présences pendant la campagne. »

Paul St-Pierre Plamondon quelques minutes après l'annonce de sa victoire à l'investiture de la circonscription de Prévost, le 21 avril 2018.
Paul St-Pierre Plamondon quelques minutes après l’annonce de sa victoire à l’investiture de la circonscription de Prévost, le 21 avril 2018.

« À la suite de cette défaite-là, j’ai vendu la maison de Sainte-Sophie et je me suis trouvé un travail d’avocat, à Gatineau. J’étais certain à l’époque que je ne ferais plus jamais de politique. Plusieurs gens que j’ai côtoyés dans la région pourront vous le confirmer, j’étais vraiment convaincu que c’était fini pour moi la politique. Comme quoi dans la vie on ne sait jamais! »

Aujourd’hui élu chef d’un Parti québécois qui se reconstruit, il est en tournée. De retour en politique, dixième chef dans l’histoire du Parti québécois. Il rencontre des militants dans chacune des régions, dans le but de rebâtir le camp du OUI, pour reprendre le titre d’un essai qu’il publiait lors de la course au leadership, remportée en janvier 2020.

Les règles sanitaires contraignent Paul St-Pierre Plamondon à porter le masque pour rencontrer les militants, mais sa volonté de faire l’indépendance du Québec n’a rien de voilée.

« Les enjeux sont encore les mêmes »

Le chef péquiste fait d’abord un constat: « Ce qui est frappant, c’est que les enjeux régionaux n’ont pas bougé. Débloquer la 15, par exemple! Je vais aussi redire ce que je disais en 2017-2018, au sujet du sous-financement du système de santé, qui n’a pas changé. Il y a eu des annonces, mais dans les faits ce qui m’intéresse, c’est de savoir si en termes concrets de service à la population, on a avancé. Je vois que non. »

« La crise du logement, comme partout au Québec, est devenue plus aiguë, tandis que le gouvernement affirme sans gêne qu’il n’y a pas de crise du logement! Pourtant à Saint-Jérôme le taux de logements inoccupés est de 0,9%! C’est des vrais enjeux sociaux, pour lesquels le Parti québécois existe. J’ai consacré à l’époque deux ans de ma vie à approfondir ces enjeux. Et ça n’a pas changé! »

À cela, dira-t-il, s’ajoute l’indépendance du Québec, la réhabilitation de la mission du PQ. « Le Parti québécois a décidé, avant que je devienne chef, de revenir à l’essentiel: français, environnement, indépendance. »

La pandémie a confirmé le bien-fondé de l’indépendance

« La pandémie a été spectaculairement éclairante à ce sujet, affirme le chef du PQ. Pendant la pandémie on a vu qu’on n’a pas le contrôle sur ce qui est essentiel pour notre sécurité et notre santé en temps de crise. Pas capables de fermer l’aéroport et de le contrôler quand c’était le temps! Pas de contrôle sur nos frontières! Pas de contrôle sur l’armée qui sacre son camp malgré les demandes de Québec! Pas de contrôle sur nos propres impôts, ce qui se traduit par des programmes comme la PCU. Bien sûr, il fallait soutenir la population, j’en conviens, mais la PCU n’est pas alignée du tout avec les besoins économiques du Québec et notre réalité économique, on le voit. »

« Ottawa a dit non aux Québécois pour des transferts en santé de 6 milliards de dollars par année. En temps de pandémie, ça fait une vraie différence, un déficit de 6 milliards dans le fonctionnement de la santé! Pourquoi on a ce déficit-là aujourd’hui? Auparavant, le fédéral n’était pas obsédé par le dédoublement des programmes, il nous envoyait simplement l’argent qui nous revenait. Mais après 1995, Jean Chrétien a voulu donner de l’argent là où ça allait créer de la loyauté politique. Il s’est mis à dépenser dans les universités, dans le domaine artistique et culturel, dans toute sortes de domaines où le Québec intervient déjà! Ces dépenses-là permettent au fédéral, essentiellement, de faire taire les indépendantistes, parce qu’il y a un lien financier qui s’installe. Mais pendant ce temps, il manque 6 milliards dans notre caisse pour la santé! »

« Et le Québec se fait dire non. On s’est fait dire non sur la loi 101. Jusqu’ici, la très grande majorité des demandes de la CAQ se sont soldées par des échecs. La CAQ ne s’en vante pas parce que sa doctrine, c’est qu’on va faire des gains dans le Canada. Mais quand on y regarde bien, ça crée un nouvel environnement où la nécessité de l’indépendance est éclatante! »

Expliquer le projet d’indépendance sans détour

Si le chef péquiste évoque le souvenir de ces pionniers du PQ qui ont fait naître tout un mouvement politique une modeste assemblée à la fois, il sait que le parcours devra être différent, et que la tâche est énorme. Il admet qu’il faudra travailler sur la réceptivité des gens, « qui se sont fait dire que ça n’arrivera jamais ».

Pourtant, il affirme que l’indépendance du Québec est inévitable. « Purement, objectivement, rationnellement, si on ne devient pas autonome et on ne sort pas du Canada, non seulement on menace notre sécurité, parce que nos décisions doivent être prises par nous-mêmes en fonction de nos intérêts en temps de crise, mais aussi on va voir une tangente de plus en plus claire d’un déclin linguistique, d’un déclin culturel, d’un déclin de nos intérêts économiques, qui sont tous, à mon avis, directement liés à notre décision de 1995. »

« Je trouve que c’est de plus en plus clair. C’est une discussion que je veux avoir où je suis très direct sur la nécessité de relancer le camp du Oui! On pourrait dire une réhabilitation, car c’est une bonne idée qui a été diffamée, qui a eu sa part de mauvais traitement médiatique. Et là, c’est à moi de la relancer. »

Plamondon affirme que la première chose à faire c’est de rendre « visible et positif » le débat sur l’indépendance. Les grands débats sur le pourquoi et le comment, ça va se discuter après la pandémie, dit-il, « parce que pendant la pandémie, les gens en ont plein les bras, c’est bien normal ».

Mais il rappelle qu’il faut se souvenir que René Lévesque, qui a finalement changé à tout jamais le visage politique du Québec, a d’abord fait des tournées en 1975 où parfois à peine une poignée de gens se déplaçaient. « On connaît les anecdotes, dit-il, Jacques Parizeau et ses collaborateurs se rendaient à des rencontres où parfois ils étaient plus nombreux que l’assistance! »

Mais il y a des cycles en politique, affirme Paul St-Pierre Plamondon, et il vise clairement le prochain. « Ce qui caractérise ces cycles-là dans la vie de l’idée d’indépendance, c’est la détermination de parler du projet et de le faire atterrir. Il n’y a pas de compromis sur l’idée de l’indépendance. Moi je suis là pour ça et c’est ce que je vais faire. Non je n’ai pas honte, non je n’ai pas peur. Je suis en fait très optimiste, parce que c’est un projet d’avenir! »

« La journée qu’on est capables de dire ça et qu’on n’embarque pas dans le défaitisme que la CAQ nous suggère, à savoir que ça ne fonctionnera jamais et qu’on doit se contenter des miettes que voudra bien nous laisser le Canada, un nouveau cycle est toujours possible. »

Et dans l’histoire du Parti québécois, rappelle-t-il, « chaque cycle a été un petit miracle à chaque fois ».

Le Québec « n’a pas d’avenir » dans le Canada

« Il faut réussir ça sinon on n’a pas d’avenir linguistique, culturel et on va être plus pauvres, ça me semble évident. Des gouvernement corrompus, c’est aussi le propre du colonialisme. Il faut se dire oui à nous-mêmes si on veut que nos enfants vivent du bonheur et de la prospérité. »

« C’est clair qu’on gagnerait à avoir notre propre pays, je n’ai pas parlé de la dimension de notre place dans le monde mais clairement, à l’international, c’est essentiel d’exister dans une économie globalisée. »

Il est vrai que les prochaines élections québécoises sont encore loin, mais le chef du Parti québécois semble résolument tourné vers l’avenir et bien décidé à semer les idées de son parti. Et face à un gouvernement qui, pour l’instant, surfe sur un taux de satisfaction élevé de la part des électeurs, il avouera plus ou moins directement que ce serait déjà un exploit si le le parti réussissait à doubler son total actuel de sept députés en chambre.

« Pour moi c’est une question de principe, et de porter des idées qui sont vraies. Être vrai, ça va être le fun. Pour les électeurs, il y aura un vrai choix à faire dans la mesure où ce sera clair qu’un vote pour le PQ est un choix pour l’indépendance du Québec. C’est tout simple. »

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