Les assemblées du conseil municipal de Saint-Jérôme ressemblent à du mauvais théâtre

Les assemblées d’un conseil municipal sont, en théorie, un moment formel où tous ses membres élus peuvent discuter publiquement des décisions de la municipalité et rendre des comptes devant la population. Malheureusement à Saint-Jérôme, la mairesse Bélair-Rolland, qui termine le mandat du maire déchu Stéphane Maher, continue dans la voie de son prédécesseur en prenant tous les moyens pour contrôler les discussions, qu’on pourrait réduire à des fins partisanes. Il en résulte un triste spectacle, cautionné par le silence habituel de tous les conseillers de son parti.

Ainsi lors de la rencontre du 31 août dernier, la mairesse a refusé d’entendre la conseillère indépendante Nathalie Lasalle, qui souhaitait qu’elle précise une réponse faite à une citoyenne concernant sa photo. Elle a ensuite tenté de mettre fin à une discussion que voulait amorcer le conseiller Benoit Beaulieu sur le projet de Centre-ville urbain innovant(CUI), un projet développé par le Bureau de développement économique de la Ville. Dans les deux cas, elle a interrompu les conseillers en pleine phrase, jugeant leurs propos hors d’ordre.

La mairesse a également refusé de rendre publics les détails de l’évaluation que l’administration de la Ville a faite de l’opportunité d’acheter le site du Quartier 50+.

Les conseillers indépendants Nathalie Lasalle et Benoit Beaulieu ont tous deux dénoncé le comportement de Janice Bélair-Rolland à la suite de la rencontre.

Le droit de parole refusé

La mairesse a interrompu les deux conseillers, refusant même de leur accorder l’opportunité de justifier leurs questions.

Dans le cas de Nathalie Lasalle, son refus est survenu pendant la période de questions du public. La conseillère souhaitait apporter des précisions concernant la réponse de la mairesse à une question portant sur une photo parue à la une du bulletin municipal. La mairesse ne lui a pas donné la chance d’expliquer sa question qui aurait permis de fournir une réponse plus complète.

La mairesse venait de lire une réponse préparée à l’avance à une question soumise par écrit, une réponse où elle a évité de répondre à la question principale. La citoyenne questionnait une dépense de 1100$ payée par la Ville pour une séance de photos, qui comprend des photos de la mairesse et de sa famille, utilisée pour le bulletin municipal de juin 2021. Elle suggérait également que la mairesse profitait de la page Facebook qui est animée, illustrée, rédigée et promue aux frais des citoyens pour mousser sa visibilité à des fins électorales.

Mme Bélair-Rolland a affirmé que c’était son rôle de représenter la ville, sans jamais dire clairement ce qu’elle pensait du prix de la photo parue dans le bulletin. Nathalie Lasalle voulait des précisions. « La photo dont il est question dans TopoLocal, c’est la photo qui a servi à la page frontispice du bulletin municipal, donc le bulletin que vous avez reçu, au même titre que toutes les pages frontispices des bulletins municipaux. Contrairement aux photos prises sur la page de la mairesse qui sont prises sur un iPhone », a dit la mairesse.

Ainsi la mairesse semble juger qu’une séance de photos au coût de 1075$ est acceptable pour la première page du bulletin municipal, même si c’est plusieurs fois ce que verse la Ville à divers photographes locaux pour d’autres affectations comparables. Mon avis, c’est que le photographe qui a fait la photo n’a pas facturé trop cher, mais que c’est bien cher payé pour un magazine en papier destiné à vivre quelques mois, dont les autres pages sont remplies de photos libres de droits.

Plusieurs photographes m’ont confié digérer difficilement le choix de la Ville. Des photographes qui ne veulent pas être nommés de crainte qu’on ne les rappelle plus. Évidemment, le fait que le photographe soit basé à Montréal et Val-Morin, que la revue soit conçue par un graphiste de Laval et imprimée en Beauce sont autant de notes dissonantes pour une Ville qui prêche l’achat local.

Nathalie Lasalle

C’est une fois la période de questions au public terminée que Benoit Beaulieu a voulu enchaîner sur une question portant sur le développement urbain. Il souhaitait discuter des mérites du plan de la Ville pour le développement du centre-ville, reprochant à la mairesse de servir une solution toute cuite à laquelle peu ou pas d’élus ont participé et de refuser d’en débattre devant les citoyens. « Non seulement les conseillers indépendants ne peuvent pas en parler puisqu’ils n’obtiennent pas des informations aussi complètes que les autres conseillers de la part des fonctionnaires municipaux, a dit Beaulieu, mais en plus la mairesse limite leurs interventions publiques. »

Le plan en question, appelé Centre-ville urbain innovant, repose sur l’idée de vendre deux stationnements municipaux, le P7 situé en bordure de la Rivière-du-Nord et le P1, situé sur la rue De la Gare, pour favoriser des projets comportant du stationnement intérieur ainsi que des commerces au rez-de-chaussée et des unités résidentielles aux étages supérieurs. « On va cacher nos stationnements », a dit la mairesse.

« On est dans une session du conseil, c’est un bon moment pour échanger, vous faites vos rencontres avec vos conseillers seulement, ce qui fait qu’il n’y a pas d’occasions où on peut échanger, et partager nos points de vue et vos points de vue pour faire avancer les dossiers de la Ville. On est devant les citoyens, c’est un bon moment pour en parler! » a suggéré Beaulieu. Bien inutilement puisque la mairesse a jugé que son intervention ne se faisait pas au bon moment.

« Vous parlerez quand ce sera la parole au conseil », a jugé la mairesse.

Beaulieu est revenu à la charge plus tard dans l’assemblée. Sans trop de surprise, l’équipe de la mairesse a voté en bloc pour adopter les grandes orientations du plan. Nathalie Lasalle, Benoit Beaulieu et Johanne Dicaire ont voté contre. « Encore un plan, a fait valoir Beaulieu, préparé sans la contribution des élus. »

En entrevue avec TopoLocal, la mairesse a expliqué qu’elle ne voulait pas laisser parler les conseillers pour « laisser tout le temps aux citoyens ». Une explication plutôt mince car la question de Beaulieu est venue après la période de questions. Mince aussi puisque durant la deuxième période de questions du public, elle a fait exactement le contraire en accordant d’emblée le droit de parole au conseiller François Poirier, une courtoisie qu’elle n’a pas étendu ni à Benoit Beaulieu ni à Nathalie Lasalle. D’ailleurs Nathalie Lasalle n’a pas tardé à dire à son collègue Poirier qu’il était « chanceux » de pouvoir intervenir. « Nous, a-t-elle dit en tendant la main vers Benoit Beaulieu, on n’a pas pu. »

François Poirier

Une grande largesse pour ses coéquipiers

Non seulement ce fut le cas pour M. Poirier, mais la mairesse a pourtant laissé s’exprimer les membres de son parti bien en dehors de la période réservée à la « parole au conseil ». Dans les instants suivant la question de Beaulieu, à l’item 2.3 de l’ordre du jour, la conseillère Chantale Lambert a eu la droit de compléter sa proposition en exprimant une opinion positive sur un projet de la Ville.  Puis à l’item 2.4, autant la mairesse que la conseillère Lambert ont entonné le refrain des « bonnes nouvelles » en adoptant une autre proposition. Ensuite à l’item 2.5, Chantal Lambert, animée d’un désir de s’exprimer que l’on a peu souvent vu avant la période pré-électorale, s’est encore félicitée de la sagesse de l’administration municipale. Enfin à l’item 2.7, Gilles Robert a eu lui aussi l’opportunité d’éclaircir une autre « bonne nouvelle ». Toutes des interventions qu’on comprend politiques mais qui étaient légitimes… autant que les précédentes qu’auraient voulu faire Lasalle et Beaulieu.

En fait, si quelqu’un hors du parti de la mairesse a obtenu une tribune pour exprimer des opinions politiques le 31 août, c’est Martin Camirand, un citoyen bien connu du public, ex-conseiller municipal sous Marc Gascon, ex-député de l’ADQ, qui a, incidemment, été absent de l’arène politique depuis qu’il a été condamné à 30 mois de prison pour agression sexuelle sur des mineures, entre autres, en 2013.

Janice Bélair-Rolland suit donc la ligne tracée par son ancien chef et prédécesseur Stéphane Maher qui accueillait avec un sourire les questions de Camirand un peu comme un frappeur de baseball qui voit venir en plein coeur du marbre une balle facile à frapper. Camirand se voit régulièrement accorder le droit de formuler des opinions et de précéder ses questions de longs préambules. Lors d’une de ses interventions du 31 août, il a mis près de trois minutes avant de poser sa question, mais il faut bien dire que la mairesse était d’accord avec ses propos…

Martin Camirand en plein préambule de question au conseil municipal de Saint-Jérôme.

Passer outre l’achat du Quartier 50+, une « super belle évaluation »

Par ailleurs, l’assemblée du conseil du 31 août a confirmé que les contribuables de Saint-Jérôme ont eu l’option, par le biais de leur conseil municipal, d’acheter l’édifice qui abrite le Quartier 50+, un carrefour actif pour beaucoup de citoyens. Mais l’administration municipale a décidé qu’il serait plus avantageux de passer outre.

La Ville est présentement locataire de l’édifice et paie un loyer très élevé, un héritage de l’administration de Marc Gascon. Il est évident que la Ville aurait eu avantage à construire un édifice plutôt que de payer le loyer actuel, qui se termine en 2027. Le directeur général allait préciser que le loyer du Quartier 50+ est de 650 000$ par an.

Questionnée par la conseillère Johanne Dicaire, qui demandait de connaître le coût d’achat potentiel de l’édifice afin de prendre une décision éclairée, la mairesse a d’abord expliqué que la Ville n’avait «aucun avantage à être locataire » alors que la proposition revenait pourtant à rester locataire encore six ans. « Alors on a décidé de ne pas se prévaloir du droit d’acheter le bâtiment », a-t-elle conclu.

Alors que le propriétaire actuel, la compagnie Eagle Lumber, s’apprête à vendre l’immeuble, le bail de Saint-Jérôme lui accordait un droit de premier refus et l’option de l’acheter. Mais l’administration municipale, malgré qu’il s’agisse de fonds publics, refuse de révéler publiquement combien l’édifice aurait pu coûter et de rendre public le calcul derrière sa décision. La Ville invoque la confidentialité de l’offre, le directeur général s’étant limité à dire « quelques millions », mais il se trouve que personne parmi les élus jérômiens ne veut défendre le principe que les citoyens ont le droit de savoir sur quelle base financière la décision a été prise. Les citoyens qui auraient voulu comprendre le calcul devront donc se contenter d’un acte de foi.

Janice Bélair-Rolland, pour toute réponse, a dit à un citoyen qui posait la question que la bâtisse était « trrrès chère » et, comme pour le rassurer, que le Service des finances avait fait « une super belle évaluation » et que la Ville aura le temps de préparer quelque chose de « vraiment chouette ». La décision de faire confiance aux fonctionnaires de la Ville, sans connaître le prix potentiel d’acquisition du bâtiment, a été unanime.

La Ville de Saint-Jérôme a inauguré le lieu en septembre 2008, du temps de l’administration de Marc Gascon. Plusieurs critiques de Gascon ont par la suite affirmé que le bail à long terme était tout à l’avantage du propriétaire des lieux. Un ex-maire de Saint-Jérôme, Jean-Claude Hébert, aujourd’hui décédé, avait même tenté sans succès de contester la légalité de l’entente. La compagnie a maintenant le loisir de vendre son terrain et la bâtisse qui s’y trouve à un promoteur qui voudra profiter de la proximité de la gare intermodale et des nombreux développements anticipés dans le secteur.

Une question de règlement… noyée

Quand Benoit Beaulieu et ensuite Nathalie Lasalle ont contesté la décision de la mairesse de leur interdire d’intervenir., ils ont fait valoir qu’un conseiller municipal a droit de parole à titre de représentant légitime des citoyens.

Beaulieu a aussi demandé à la greffière de « remettre la mairesse à l’ordre » quant à son devoir d’accorder la parole aux élus qui le demandent. Après avoir précisé qu’il ne lui incombait pas de remettre la mairesse à l’ordre, la greffière a rappelé quelques clauses du règlement des assemblées. « L’article 15, a-t-elle dit, dit que les questions des citoyens doivent être adressées à la mairesse, donc l’intervention de l’élu n’est pas prévue au règlement », a-t-elle lancé. La greffière aurait pu préciser que l’intervention de l’élu, bien que non prévue, n’est en rien interdite par le règlement. Au contraire, s’il existe un règlement, c’est pour permettre aux membres du conseil de s’exprimer. C’est ce qu’on aurait pu attendre d’une analyse objective de la situation, ou encore d’une mairesse qui comprend son rôle et ses responsabilités.

La greffière a plutôt semblé vouloir défendre la façon de faire de la mairesse en ajoutant qu’un article « fourre-tout » du règlement affirme qu’en cas d’imprévu la décision revient à la présidente d’assemblée, donc la mairesse. Les citoyens de Saint-Jérôme méritent indiscutablement mieux que l’évocation d’un article « fourre-tout » tant au niveau du vocabulaire que de l’interprétation du règlement qui régit la conduite de leurs élus.

Il est rapidement devenu évident que l’absence de transparence qui a marqué l’administration Maher se perpétue sous la gouverne de Janice Bélair-Rolland. La mairesse a eu beau rappeler son droit de présider l’assemblée et d’accorder le droit de parole, elle n’a certainement pas rempli son devoir de permettre que les élus puissent s’exprimer au nom des citoyens.

D’ailleurs, Benoit Beaulieu est demeuré courtois tout en continuant à demander fermement qu’elle reconnaisse son droit de s’exprimer, ce à quoi elle a répondu: « Ça suffit! Ça suffit! Bonsoir monsieur Beaulieu! »

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6 réflexions au sujet de “Les assemblées du conseil municipal de Saint-Jérôme ressemblent à du mauvais théâtre”

  1. Le 50+ des millions d’argent public englouti sans explication. Le site actuel vaut des millions pour des promoteurs immobiliers vue sa situation géographique, on a des aveugles qui conduisent d’autres aveugles.

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  2. Bravo au journaliste Charles Michaud poue ce très bon article lequel à mon avis remet les pendules à l’heure…et spécialement celle de la mairesse suppléante qui en a grand besoin. J’ai bien aimé lire vos opinions sur cette séance du conseil, disons-le, assez spéciale où Madame Rolland a eu un comportement très disgracieux envers les conseillers indépendants. Il est évident qu’elle se croit au-dessus de tout et de tous, elle se prend pour le chef suprême et n’a aucune gêne à rabrouer ceux et celles qui ne disent pas comme elle. Si il y avait des gens qui n’étaient pas certains de son comportement, sourire à pleines dents devant le public et mordre aussitôt que les regards ne sont plus sur elle, en lisant ce compte rendu, très bien détaillé et juste des événements relatés par M. Michaud, il ne devrait plus exister aucun doute dans l’esprit des jéromiens(nes).

    Merci M. Michaud

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  3. Content que Charles Michaud nous fasse un portrait de ce qui se passe aux assemblées du Conseil. Je retiens le commentaire à l’effet que la revue d’information municipale ne soit pas confiée pour l’infographie et l’impression à des gens de St-Jerome. Je l’avais constaté et en était étonné.

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  4. Merci Monsieur Michaud pour ces éclaircissements, qui m’ont permis de comprendre pourquoi je reçois d’étranges réponses à mes courriels du bureau de la mairesse.

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  5. Il est temps qu,une véritable démocratie revienne à l,hôtel de ville! J,ai honte de voir comment on fait peu de cas d,avis ou questions autres que ceux du parti au pouvoir. Je croyais naïvement que le remps de Duplessis etait terminé ….pas à St Jerome!!

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  6. Faire planter des questions par des gens favorables à son parti avec de long préambule et restreindre les gens qui désirent poser des questions en choisissant ceux qui pourront intervenir fait en sorte que le 7 novembre ont devrait lui donner son bulletin de sortie avec sa clique. Les chicanes de clocher avec nos voisins c est fini ,St COLOMBAN,ST HYPOLITTE STE SOPHIE et pour le quartier 50 un déficit à tous les ans car on ne fait rien pour inviter les gens car on fermé les fins semaines, le soir de bonne heure et même si il y a de la place on refuse les personnes âgées de l extérieurs en chargent des prix de fou

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