La mairesse Bélair-Rolland a mis fin à l’assemblée du conseil municipal de Saint-Jérôme alors qu’elle avait accordé le droit de parole à Nathalie Lasalle, une élue « en campagne électorale »

Visiblement dérangée par des propos qu’elle ne souhaitait pas entendre, la mairesse sortante de Saint-Jérôme a mis fin unilatéralement à la dernière assemblée du conseil municipal avant les élections. L’incident s’est produit le 5 octobre, alors qu’elle a censuré les propos de la conseillère Nathalie Lasalle.

Nathalie Lasalle réagissait alors à une déclaration de la mairesse, qui disait à la fin septembre avoir «honte» des partis qui se présentent contre elle aux prochaines élections municipales.

« C’est la mairesse qui devrait avoir honte »

Quand est arrivé son tour de prendre la parole à l’assemblée, Nathalie Lasalle s’en est pris aux dires de Mme Bélair. « J’aimerais faire un retour sur une sortie que madame la mairesse a faite comme quoi elle avait honte des partis d’opposition qui se présentaient contre elle. Je voulais lui dire vous ne savez pas c’est quoi la honte! La honte, ça a commencé le 6 octobre 2017 à 11 heures le matin quand c’est Simon Geraghty qui m’appelle à la maison pour me dire qu’il a une bonne et une mauvaise nouvelle. La mauvaise nouvelle c’est que deux membres de notre parti, Mario Fauteux et André Marion, ont été expulsés, la bonne, c’est qu’on a une parité dans le parti avec l’ajout de Sophie Saint-Gelais et Mylène Laframboise… »

Mme Lasalle voulait enchaîner en rappelant l’ensemble des stratégies par lesquelles Stéphane Maher a travaillé, à l’automne 2017, à se donner un conseil municipal docile au point où il ne s’est trouvé personne pour dénoncer un comportement qui l’a pourtant mené à un procès où il a été condamné pour des manoeuvres électorales frauduleuses.

Alors que la mairesse s’est levée de son siège en déclarant que l’assemblée était finie et que les responsables de la webdiffusion du conseil coupaient le signal, la grande majorité des citoyens présents, dont quelques-uns ont demandé qu’on laisse parler la conseillère Lasalle, sont restés bien assis pour écouter la fin de son intervention. Il était clair pour n’importe quel observateur que l’assistance voulait entendre Mme Lasalle malgré les intentions de la mairesse. La webdiffusion est disponible en ligne.

La mairesse Bélair-Rolland avait refusé de répondre de ses paroles, affirmant, en parlant d’elle-même, que « c’est la candidate qui a fait la sortie ».

« On ne fait pas de la politique, on ne fait pas la campagne en pleine séance du conseil », a décrété la mairesse.

Une attitude différente avec d’autres conseillers

La mairesse avait pourtant accordé une très grande latitude à bien des opinions politiques exprimées auparavant, autant pour une sortie de Benoit Beaulieu qui a déploré l’inertie du parti Vision Saint-Jérôme dans certains dossiers, que le « copinage » politique pratiqué dans l’entourage de la mairesse, que pour les propos de la conseillère Johanne Dicaire.

Elle a aussi permis à des membres de son équipe, soit les conseillers Bernard Bougie et Gilles Robert de livrer des propos remplis d’évaluations positives de leur travail. Même les citoyens qui ont pris la parole lors des questions ont profité de préambules plus longs que le droit de parole de la conseillère Lasalle.

Des critères et des gestes qui paraissent arbitraires

J’avais quelques questions pour la mairesse à la suite de cette fin d’assemblée chaotique. Pourquoi permettre à Benoit Beaulieu, par exemple, de s’exprimer et interdire à Nathalie Lasalle de tenir des propos qui semblent comparables?

« M. Beaulieu n’est pas en campagne électorale, Mme Lasalle l’est », a été la réponse de la mairesse. « Le conseil municipal c’est un(sic) arène politique et non partisan et Mme Lasalle a débuté son discours avec un discours partisan et j’ai jugé nécessaire de mettre fin à cela. »

Or, si les motifs de la mairesse sont clairs, il n’en demeure pas moins qu’elle n’a pas le pouvoir de mettre fin à une assemblée unilatéralement. La levée de l’assemblée, dans un conseil municipal, doit être proposée par un membre et elle est assujettie au vote des conseillers. C’est une évidence quand on relit les procès-verbaux des conseils municipaux, une instance à laquelle la mairesse participe depuis maintenant quatre ans. Et l’adoption des résolutions du conseil est encadrée par un règlement que la mairesse brandit à chaque fois qu’elle tente de justifier une décision quant au droit de parole.

YouTube video

La levée de l’assemblée proposée par « madame Chantale »

En dépit de tout cela, et en dépit de la cacophonie ambiante à la fin de l’assemblée, Janice Bélair-Rolland a affirmé à TopoLocal que la levée de l’assemblée a été proposée par « madame Chantale » , le vocable que la mairesse a choisi pour désigner la conseillère Chantale Lambert. Cette proposition de la conseillère Lambert est difficilement audible dans la webdiffusion de l’assemblée.

Nous avons demandé à la mairesse si la proposition de lever l’assemblée avait été soumise aux voix, comme il lui incombe de le faire. « Non, on ne demande pas le vote pour fermer l’assemblée », a-t-elle répondu. Une affirmation intrigante quand on constate, dans tous les procès-verbaux, que la levée de l’assemblée est toujours, « adoptée à l’unanimité ».

« Parce que vous considérez que c’était unanime? » lui ai-je demandé. « Avez-vous d’autres questions pour moi? », a-t-elle d’abord répondu. J’ai donc reformulé la question de la manière suivante: « Vous avez considéré que c’était unanime, le désir de lever l’assemblée? »

« J’ai considéré que c’était le temps de mettre fin à l’assemblée du conseil alors j’ai demandé un proposeur et un proposeur s’est prononcé, alors on a levé l’assemblée. Ma réponse est claire! »

« Ne croyez-vous pas qu’il vous incombe de vous assurer que chaque proposition soit dûment adoptée? », ai-je renchéri. « Ce qui m’incombe, c’est de faire respecter le règlement. Le conseil c’est un(sic) arène politique et non partisan. Et là on faisait de la partisanerie. Donc j’ai décidé de mettre fin à l’assemblée », a-t-elle conclu.

close

Et si on vous envoyait nos nouvelles le samedi matin?

On est là pour vous informer.

Vous pourrez vous désinscrire quand vous voudrez, ou changer la fréquence de vos envois.

Vous voyez de l'information inexacte dans cette page? Dites-le nous!

1 réflexion au sujet de “La mairesse Bélair-Rolland a mis fin à l’assemblée du conseil municipal de Saint-Jérôme alors qu’elle avait accordé le droit de parole à Nathalie Lasalle, une élue « en campagne électorale »”

Laisser un commentaire

TopoLocal