Le maire de Saint-Jérôme Stéphane Maher devant l'entrée de la salle d'audience au Palais de justice de Saint-Jérôme, le 30 novembre 2020.

Enfreindre la loi, ce n’est pas «banal»

Charles Michaud 1 commentaire

L’ex-maire de Saint-Jérôme Stéphane Maher est retourné dans la vie privée après avoir été destitué en 2021 pour fraude électorale. Pour résumer, il avait fait miroiter des emplois à deux de ses conseillers à l’automne 2017 pour leur faire accepter de ne pas être candidats. Après trois longues années où il est resté en poste, après avoir survécu grâce au mutisme d’un conseil municipal majoritairement suiveux, Maher a été trouvé coupable de ses actions.

Aujourd’hui les deux conseillers sont revenus de ce coup bas et ont été réélus. L’ancien parti de M. Maher a été écrasé par ses adversaires aux élections municipales.

Mais j’y reviens puisque l’ancien maire tenait des propos inquiétants dans une entrevue accordée au journal Le Nord le 14 décembre. On y apprend que M. Maher poursuit sa vie. Et que son procès a été difficile pour lui sur le plan personnel. Il a un nouvel emploi qui semble lui convenir. Tant mieux, pour lui et pour les siens s’il retrouve une vie normale. Notre système de justice n’est pas destiné à la vengeance. L’intérêt des citoyens de Saint-Jérôme, c’était essentiellement que l’ex-maire soit destitué. Pour la simple raison que le respect de la chose publique exige que les élus se conforment aux lois.

Évidemment, tout ça est maintenant dans le passé. Les événements datent d’octobre 2017. Il y a plus de quatre ans.  Il y a des gens qui aiment bien rappeler qu’il est inutile de revivre le passé. C’est d’ailleurs le slogan de bien des gens qui se déguisent en tournés-vers-l’avenir pour faire oublier leur triste bilan. Mais je ne suis pas d’accord. Au contraire, le passé est très utile. Sans son souvenir, on se condamne à répéter les mêmes erreurs.

Les leçons du passé

Le passé, dans ce cas-ci, nous en a appris beaucoup sur Stéphane Maher et son parti, et leur style politique. La volée de bois vert qu’a mangée le parti de Janice Bélair-Rolland devrait aussi avoir enseigné aux politiciens municipaux que les raccourcis vers un siège de conseiller ne durent pas.

Le déroulement de l’affaire nous a par ailleurs confirmé que la justice, même quand elle fonctionne, demeure un processus trop lent pour le monde dans lequel nous vivons.

On a enfin constaté que les municipalités sont lamentablement mal encadrées. D’une part, la Commission municipale s’est avérée impuissante tout au long du processus. La ministre des Affaires municipales elle-même aurait pu écouter la suggestion que lui a fait le chef du Parti québécois à l’époque et demander à Stéphane Maher de se désister.

On sait aussi que Gilles Robert et Benoit Beaulieu ont assisté en direct aux manoeuvres de Stéphane Maher le 6 octobre 2017, sans jamais poser le moindre geste public pour dénoncer. On peut facilement en conclure que nous avons besoin d’élus capables de placer la démocratie au-dessus de la partisanerie. Leur inaction a entaché la démocratie municipale, dans la mesure où il est permis de croire que si l’un d’eux s’était levé ce jour-là avec un peu de courage, tout ce triste chapitre aurait été moins long.

Des faits alternatifs

Dans l’entrevue avec le journal Le Nord, Stéphane Maher a tenu à offrir une interprétation bien personnelle des faits.

Hélas. Je me serais attendu à entendre un homme animé d’un regret sincère d’avoir laissé l’ambition politique l’emporter sur la démocratie. Un homme qui aurait reconnu que sa conduite était illégale. Un homme qui aurait reconnu que ses actions ont probablement nui à la réputation de sa ville et alimenté le scepticisme des citoyens envers les hommes publics..

D’une part, l’ex-maire affirme d’abord avoir été «traité comme un motard criminalisé» par certains médias. Je ne crois pas. L’ex-maire acceptait volontiers  la visibilité publique de son poste quand les choses allaient bien pour lui et qu’il envisageait un avenir en politique. Évidemment, sa mise en accusation, son procès et sa destitution étaient tout à fait d’intérêt public.

D’autre part, M. Maher est aussi revenu sur la récente élection municipale en disant que son ex-parti, sous la gouverne de Janice Bélair-Rolland, a été défait à cause de faiblesses sur le terrain « parce qu’il n’a pas pu faire sortir le vote ». Il a ajouté que le parti aurait dû avoir moins de jeunes candidats, plus de voitures et plus de pointeurs. C’est à mon avis une analyse risible. Il serait plus juste de dire que Vision Saint-Jérôme s’est fait montrer la porte parce que Maher lui-même a contribué à en faire un parti muet, contrôlé par une poignée de personnes.

Mais son affirmation la plus troublante est celle qui banalise ses gestes. Elle a d’ailleurs porté l’auteur de l’entrevue Luc Robert à conclure que l’ex-maire ne s’avoue toujours pas coupable de manoeuvre frauduleuse. « Je me suis fait tasser pour quelque chose de banal », a dit Maher.

Non. La démocratie, quoi qu’en dise M. Maher, ce n’est pas banal. C’est plutôt fondamental.

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1 réflexion à propos de <i>Enfreindre la loi, ce n’est pas «banal»</i>

  1. Aucune excuses, aucune reconnaissance de culpabilité, comme s’il avait été « la victime » du système de justice. Rien non plus venants des autres membres de Vision. Comme si rien ne s’était passé « sous leurs nez ». Vraiment navrant de tous ce beau monde d’élus municipaux qui sont sensés défendre nos institutions démocratiques…

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