Lafleur attirait les foules partout où il passait, comme lors de cet événement promotionnel dans un magasin de sports de Saint-Jérôme. ( Photo TopoLocal par Charles Michaud )

Guy Lafleur est un souvenir parfait

Charles Michaud 6 commentaires

Il y a parfois des choses qui sont parfaites. On le devine, c’est beaucoup une affaire de perception. Comme, dans les lignes qui suivent, le point de vue de quelqu’un qui est né en 1954. C’est mon cas.

Vous comprendrez que ma culture s’appuie sur le confort moelleux des baby-boomers. Durant les années où je devenais un adulte, nous avions gagné une fois pour toutes la dernière des grandes guerres. Nous avions construit l’Expo ’67, un archipel d’espoir connu du monde entier. Notre Terre des hommes était juste, égalitaire et non-violente. On avait même, dès 1968, une photo qui montrait notre magnifique sphère bleue et blanche suspendue dans l’espace.

Issus de cette époque, nous avons tous survolé la glace par un beau jour d’hiver dans l’air pur et glacé, propulsés par un corps aux poumons roses dans la force de l’âge. Le crunch des lames parfaites qui cisèlent la glace vierge. Pas de casque!  Encore aujourd’hui je peux fermer mes yeux, prendre une profonde inspiration, et m’en souvenir. C’est impressionnant compte tenu du fait que je n’ai jamais su patiner. Un souvenir parfait.

Du numéro 4 au numéro 10

Tel était le monde de l’époque. Dans les 25 premières années de ma vie. le Canadien de Montréal a gagné la Coupe Stanley 14 fois. J’ai eu un chandail du Canadien avec le numéro 10. Un souvenir parfait.

Comme Jean Béliveau, Guy Lafleur avait d’abord été le roi de la ville de Québec. Et il portait le numéro 4. Comme pour Jean Béliveau, le Canadien a trouvé le moyen de l’attirer à Montréal avec le « grand » club. Une passe-passe du rusé Sam Pollock, un juif montréalais directeur du Canadien. On ne pourrait pas inventer d’allégorie plus québécoise. Guy à Montréal. Un souvenir parfait.

L’aréna Melançon et ses 4000 personnes

Au printemps de 1970, les Alouettes de Saint-Jérôme ont disputé la toute première finale de la ligue junior A du Québec, qui allait changer de nom et devenir la Ligue de hockey junior majeure du Québec qu’on connaît aujourd’hui. Champions de la division ouest de la ligue, les Alouettes ont affronté en grande finale des éliminatoires les Remparts de Québec, champions de l’est. Lafleur était la vedette des Remparts. Tout le monde savait que l’équipe de Saint-Jérôme avait peu de chances de l’emporter. Non, pire encore. Les optimistes croyaient qu’on avait peu de chances. Les réalistes savaient qu’on n’avait pas de chances.

Les Remparts ont balayé les Alouettes en quatre matchs. Dominant, Lafleur, dans ses 15 matchs éliminatoires cette année-là, a marqué 43 points, dont 25 buts et 18 mentions d’assistance. Les fans des Alouettes ont assisté à la série avec un mélange de solidarité pour leur équipe et d’admiration pour Lafleur. Dès la saison suivante, les Remparts alignaient aussi Jacques Locas Jr., fils de Sr. et originaire de Saint-Jérôme, que les Alouettes avaient échangé à Québec. Une tragédie pour les fans locaux. Ce choix déchirant pour les amateurs de Saint-Jérôme allait propulser sa carrière. Locas, qui n’avait que 16 ans à l’époque, deviendrait à son tour un joueur dominant dans la LHJMQ.

Ne me demandez pas si c’est vrai qu’il y avait 4000 personnes à l’aréna. Le folklore local se rend même parfois à 5000. Je me souviens que les trottoirs entre le terminus d’autobus et l’aréna étaient noirs de monde. Je me souviens de la petite cabane à l’extérieur de l’aréna où on pouvait acheter des billets debout. Je me souviens des partisans debout derrière la bande ( 3-4 rangées de profond, disent certains, tout comme les 5-6 rangées de gens debout dans le couloir au-dessus des gradins ). Je me souviens des cris, de la fumée qui brûlait les yeux et qui formait une nappe bleutée au-dessus de la glace – on fumait dans les arénas à l’époque.  L’aréna était surchauffé, au sens propre et figuré. Les fidèles de Saint-Jérôme savaient bien que leur équipe allait être bulldozée par les Remparts.  Mais quel souvenir parfait!

Guy Lafleur à Saint-Jérôme, en compagnie de Réjean Houle. Photo TopoLocal par Charles Michaud
Guy Lafleur dans les années 1980 lors d’un événement à Saint-Jérôme, signant des autographes. À ses côtés on reconnaît le jérômien André Lauzon,, alors représentant de la brasserie Molson. Photo TopoLocal par Charles Michaud

Ajoutez les coupes Stanley, les dynasties, les victoires. Ajoutez le souvenir d’un surdoué au coeur modeste. Franc et entier, tant dans ses moments difficiles que ses triomphes. Affable et disponible au point de souvent s’en épuiser. D’innombrables Québécois se souviennent du jour où ils ont vu Guy Lafleur ou lui ont serré la main en personne. Dans un centre d’achats, un tournoi de golf, un souper-bénéfice.

La grammaire française a des variantes innombrables pour le passé, le présent et le futur. Mais défions le temps: je choisis le présent pour vous dire que Guy Lafleur, cheveux au vent, traverse la ligne bleue à l’aile droite, soulève son hockey… et en une fraction de seconde, la rondelle pénètre dans le filet, par un espace de 3 pouces carrés. La lumière s’allume. Guy! Guy! Guy!

Un souvenir parfait.

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6 réflexions à propos de <i>Guy Lafleur est un souvenir parfait</i>

    • Merci Yves. Les irréductibles des Alouettes ont bien essayé de l’haïr à chaque défaite que les Remparts «nous» infligeaient une défaite, mais quand quelqu’un fait du hockey un art, on observe et on se laisse emporter.

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  1. La première fois que j’ai vu Guy Lafleur c’était à l’aréna Melançon en 1970, contre les Alouette nouveau junior A….Pour le mach je travaillais au restaurant au fond de la patinoire pour vendre liqueur et chips.. Croyez moi je n’ai rien vendu quand Guy Lafleur est arrivé sur la patinoire pour le réchauffement…tout le monde avait la mâchoire défaite donc impossible de vendre quoi que ce soit …. je trouve une place pour m’assoir et j’ai regardé ce mach le panier par terre entre mes pieds….fin de ma carrière comme vendeur à l’aréna. Bravo Guy et Merci (Richard Moore, j’avais 17 ans)

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