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Réflexions, Soupers confinés

La sauce à spaghetti et autres affaires ordinaires – souper confiné – jour 9, le 27 mars 2020

Chers lecteurs, voilà maintenant quelques jours qu’on soupe ensemble. Si c’est votre première fois, vous pouvez même aller lire nos rendez-vous précédents, maintenant regroupés dans la catégorie des soupers confinés.

Je partage avec vous mes réflexions de jours d’intériorité, du lundi au vendredi. 

Aujourd’hui, vendredi, je prends congé de l’actualité pour vous parler du quotidien. 

Ma douce et moi avons passé une heure hier soir en ligne avec quelques amis. C’est la nouvelle affaire, très «in» (in comme en dedans…). On a même adopté, pour ceux qui prennent un cocktail et se branchent à l’heure de l’apéro, le quarantini, sorte de martini virtuel. 

Tous installés chez nous, un peu après souper, on s’est mis à jour sur qui fait quoi, comment va la soeur d’untel, comment vont les enfants, etc. On s’est vu la face et on a souri. Comme des amis.

Dans le même écran on était là: des mis à pied, des gens en télétravail, des retraités, des isolés de retour de vacances, et même des amis encore en vacances, sur leur bateau, pas encore autorisés à accoster.

Les amis en bateau sont seulement deux à  bord de leur voilier. Ils veulent remettre leur bateau à terre, en Floride, et revenir au Québec à bord de leur véhicule. Pour l’instant, la marina est en quarantaine donc leur prochaine étape est de se faire autoriser à mettre le pied en sol américain pour revenir chez eux.

Comme les apatrides des romans d’aventures, ils sont pour l’instant sans pays. Pour l’instant on ne s’inquiète pas trop. Leur situation risque de virer dans le bureaucratique plus que le dramatique. Mais on a tous hâte de savoir.

D’autres de nos amis sont de retour de voyage et installés chez eux, dans le genre l’épicerie-arrive-sur-le-balcon, alors que d’autres encore sont au milieu de travaux de rénovation: le vieux plancher du rez-de-chaussée est enlevé mais le nouveau plancher, comme tout le reste du Québec, est en pause. Ce serait en plein le temps d’en profiter pour aller les visiter sans enlever nos bottes, mais bon.

Habituellement, quand on se visite, beaucoup de membres de ma famille, et même certains amis, sont du genre à étirer leur départ. Ce n’est pas du tout qu’ils restent trop longtemps. Mais simplement qu’ils commencent à saluer tout le monde et annoncer leur départ bien avant de vraiment partir. Je ne dois pas être le seul. Vous en connaissez certainement des semblables. Ça jase en se levant de table pour partir, ça jase devant la porte avant de quitter, et à moins qu’il fasse 30 degrés sous zéro, ça jase encore sur le perron. De sorte qu’il se passe toujours une bonne demi-heure entre « bon bien je vais y aller» et le vrai départ.

Je vous avoue que ça me déroute un peu. Et que parfois ça m’agace un brin. Pas beaucoup, mais je suis plutôt du genre à dire «bye» quand je pars vraiment.

Changement de paradigme. Quand on se rencontre en ligne, on n’a pas ce décalage. On se salue et on se débranche et pouf! C’est fini.

Dommage. J’aurais jasé un peu sur le perron…  

En direct de la cuisine

Ma douce a fait une sauce bolognese hier. Le comfort food par excellence. Facile à réchauffer, s’accompagne à merveille d’un petit verre de rouge, et vit en parfaite harmonie avec la plus simple des salades.

Sauce 1

Il y a dans notre maison une rotation entre trois recettes de sauce à spaghetti. La première s’appelle tout simplement la sauce à Jane. ( C’était le prénom de ma mère, qui s’appelait en fait Clara-Jane. ) Une sauce consistante, pour amateurs de viande, je dirais. Pas du tout gourmet, elle contient du céleri, un peu d’oignons et d’ail, du piment et elle est faite d’une concoction de sauces et soupes tomates provenant entièrement de boîtes de conserve. Ma mère était tout sauf une grande cuisinière et misait beaucoup sur les miracles des boîtes de conserve, des patates en poudre et des TV dinner de Swanson.

Malgré son ordinaire, sa sauce a gagné sa place dans la rotation. Avec des champignons frais sautés et un verre de Chianti, ça fait bien l’affaire.

La sauce 2

La seconde sauce est la plus vivante, dans la mesure où elle change constamment. Celle-là est faite avec la sauce tomate que nous préparons tous les automnes, en famille, oui ce sont les tomates de cette année sur la photo.

Elle est donc plus classique. Oignons, ail, céleri, la sauce tomate, et pour terminer, du basilic ( frais si possible ) juste avant de servir. Le chef y ajoutait aussi une pincée de muscade, pour le goût mais aussi, apparemment, pour neutraliser l’acidité des tomates. Une sauce classique au point où on ne se contente pas de la verser sur des pâtes. Celle-là, on la combine aux pâtes pour qu’elles finissent de cuire dedans.

Quand je vous dis que cette sauce est vivante, c’est qu’il n’y a pas de recette exacte dans notre maison. Les proportions des ingrédients sont vaguement inspirées d’une recette tirée de La cucina di Pasquale, le livre de Pasquale Carpino, un chef chantant italien que mes parents regardaient à la télé, pas tellement pour l’inspiration culinaire mais parce qu’à la fin de chaque épisode, avec plus d’émotion que de talent, il chantait Mamma.  On le voit chanter à 15 secondes de cette vidéo. Allez comprendre.

La sauce 3

Enfin, la troisième sauce de notre rotation domestique est tirée directement d’un livre de recettes du montréalais Frank Cotroni.

Une sauce absolument délicieuse aux boulettes de veau haché à laquelle on peut incorporer des cubes de boeuf ou de gibier si l’on veut. Pour ma part, je me contente des boulettes de veau. On les roule avec du parmesan râpé et pendant que la sauce mijote le fromage lui transmet un goût et une texture qui la rendent unique.

Non, Frank Cotroni n’était pas un ami. Mais il a publié, peu avant de mourir, un livre de recettes où j’ai trouvé cette sauce. Il est quand même mort à 73 ans, un âge avancé pour les gens dans sa profession.  

Enfin, il y a les réseaux sociaux. Je partage avec vous cet extrait de conversation entre ma petite-fille et sa mère. Dans la conversation qui suit, T c’est ma petite-fille, et AC, sa mère.

Voilà donc un peu à quoi ressemble le quotidien de ma quarantaine. J’aimerais bien sortir serrer des mains, faire des câlins et jaser en tête-à-tête, mais bon. Plus tard… 

Pour l’instant, ça va bien. Je n’ai pas épluché les livres d’histoire, mais je ne crois pas que pendant la grippe espagnole beaucoup de gens avaient du mal à choisir leur recette de sauce à spaghetti.

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